Chacun a ses raisons de voter @Bayrou : voici pourquoi.

Photo : tous droits reservés ©Soazig de la Moissonnière
Etant donnés les sondages, les deux candidats qui franchiront l’épreuve du premier tour pour se qualifier au second semblent d’ores et déjà connus. Est-ce une raison pour ne pas aller voter ? Devons-nous en déduire que la seule utilité que nous pouvons donner à notre vote soit de faire passer la peste devant le choléra ? Je ne le pense pas.
En effet, ce que nous apprennent les intentions de vote, ce ne sont pas uniquement les qualifiés pour la bataille finale. Nous remarquons qu’il y a trois groupes de candidats. Les deux représentants des partis majoritaires de droite et de gauche, MM. Hollande et Sarkozy. Cinq représentants de petits courants de pensée (Mmes Arthaud et Joly et MM. Cheminade, Poutou et Dupont-Aignan) qui n’auront définitivement aucune influence sur la politique qui sera menée pendant le prochain quinquennat, faute de représentativité. Et entre les deux, trois candidats qui réunissent chacun entre 10 et 15% des voix, voire un peu plus, et qui peuvent vraiment utiliser leur poids politique (positivement ou négativement). L’un, M. Mélenchon, a pour objectif de faire pencher les orientations politiques du candidat Hollande encore plus à gauche. L’influence de Mme Le Pen reflète un réservoir de voix important sur lequel le Président-candidat Sarkozy devra capitaliser à grand renfort de coups électoralistes pas toujours très honnêtes. M. Bayrou, enfin, pourra en fonction de son score au premier tour, peser au deuxième sur les choix du candidat de l’UMP et sur ceux du représentant du PS.
En l’état actuel des choses, si vous n’avez pas fait votre choix, rien de sert de voter pour les deux candidats déjà majoritaires : de toute façon, ils passeront au second tour, que vous votiez pour eux ou non.
Voici des arguments qui me sont propres et qui s’adressent à tout le monde. Vous pouvez directement vous référer au paragraphe qui concerne votre hésitation, si vous n’avez pas le temps de tout lire.
Certes, certains se réclament de la droite. S’ils n’ont pas déjà fait leur choix, c’est qu’ils sont à la fois gênés par les excès du candidat qui devrait «logiquement» leur être le plus proche. En lisant sa profession de foi, cela semble évident :
- glorification d’un bilan que l’on polit pour faire apparaître plus brillant qu’il ne l’est,
- utilisation du drame de Toulouse (les premières mesures concrètes du document concernent la lutte contre l’endoctrinement et les peines planchers, sujets négligeables à côté de l’emploi et de l’éducation),
- insistance indécente sur l’immigration (rien ne sert de se focaliser sur une partie de la population, comme si notre pays s’en serait mieux sorti sans ses immigrés !),
- culpabilisation des chômeurs et des bénéficiaires du RSA qui feront l’objet d’un référendum pour que toutes les passions populaires attisées par une situation économique difficile trouvent leur bouc émissaire,
- et attaques basses, mesquines et constantes contre le candidat Hollande alors que s’il a parfois tort sur certains sujets, il représente une partie non négligeable de notre communauté nationale ; il s’agit de travailler dans la meilleure ambiance possible à la reconstruction de notre économie plutôt que de constamment se mettre des bâtons des les roues. De plus, la volonté souvent vilipendée de M. Hollande de renégocier le dernier traité européen semble bien risible face aux ultimatums que lance Nicolas Sarkozy à l’Union : «Si l’Europe ne retrouve pas la maîtrise de ses frontières dans un délai d’un an, la France suspendra sa participation à l’espace Schengen.» En matière d’apaisement des relations intra-européennes, on a connu mieux.
N’oublions évidemment pas les polémiques montées de toutes pièces pour détourner des vrais enjeux ou séduire les électeurs potentiels du FN : permis de conduire, halal, délinquance des étrangers…
Face à ce constat et à l’analyse des intentions de vote, il n’y a qu’un choix à faire pour un sympathisant de droite : voter Bayrou. De toute façon, même si Sarkozy est au second tour, il perdra face à Hollande alors que Bayrou gagnerait. Cette hypothèse (peut être excessive) mise à part, seul Bayrou est en mesure de contrecarrer les excès gauchistes du candidats du PS, à condition que de 10%, il passe à au moins 15%. A condition, donc, que vous votiez pour lui.
Certes, d’autres se réclament de la gauche mais, socialistes, ils savent qu’aucune politique sociale ne pourra être réellement menée sans rétablissement préalable des comptes publics. Un effort est nécessaire aujourd’hui ; si l’Etat dépense plus demain, il ne dépensera plus rien après-demain, car il sera en faillite. Cela, ces socialistes le savent et malgré le double discours de «leur» candidat qui paraît raisonnable à Londres et excessif quand il parle aux électeurs de Mélenchon, il n’en reste pas moins qu’à la lecture de sa profession de foi, on trouve :
- Retour au droit à la retraite à 60 ans, création de 60 000 postes dans l’éducation nationale, de 150 000 emplois aidés (financés en partie par l’Etat), création d’une allocation d’études et de formation, de 1 000 postes supplémentaires par an dans la police, la gendarmerie et la justice,
- Construction de 2,5 millions de logement et cession gratuite de terrain de l’Etat aux collectivités territoriales,
- revalorisation immédiate de 25% de l’allocation de rentrée scolaire, blocage du prix de l’essence en renonçant à une partie des taxes sur les produits pétroliers.
Nous n’avons pas les moyens de financer ces mesures ! Et cela est à mettre en relation avec des augmentations d’impôt pour les plus riches qui n’auront aucun effet sur les comptes publics - cette mesure fera fuir les nantis et touche tellement peu de monde que ses revenus sont négligeables. A mettre en relation, aussi, avec des hypothèses de croissance gonflées aux amphétamines qui nous mettrons bien dans l’embarra lorsqu’elles auront dégonflé face à la réalité. Enfin, n’oublions pas la volonté affichée de reclasser les amis du PS dans la haute fonction publique, quelque soit leur compétence, uniquement en fonction d’une proximité partisane. Est-ce la vision qu’un républicain doit se faire de l’Etat ?
François Hollande distance tellement Nicolas Sarkozy dans les sondages qu’on peut déjà être sûr qu’il va être le prochain président de la République. Il s’agit, en votant pour Bayrou, d’inciter Hollande à prendre conscience de sujets cruciaux : il faut proposer un projet de redressement des finances publiques crédible, il faut focaliser nos politiques sur l’emploi et l’éducation, il faut moraliser la vie publique. La menace d’une gauchisation du discours d’Hollande par l’influence de Mélenchon doit être contrecarrée par un recentrage grâce à un vote Bayrou fort.
D’autres, encore, sont tentés par le vote Mélenchon. Il faut les comprendre, le candidat du parti communiste a un talent d’orateur rarement observé dans la vie politique française depuis des années. Mais voilà, il est communiste, c’est-à-dire, très peu au fait des mécanismes économiques. D’ailleurs il le dit lui même : «l’économie n’est pas le résultat d’une loi de la nature». Mélenchon croit donc que nous pouvons tout faire : augmenter les dépenses et baisser les impôts sans qu’il n’y ait jamais de conséquences sur les citoyens les moins aisés, par exemple. C’est dommage, car il met, lui, le doigt sur des questions importantes : pouvoir d’achat, emploi, éducation. Mais il ne se donne pas les moyens de les résoudre et aggraverait même la situation dans ces domaines s’il appliquait son programme. Prenons un exemple : le financement des dépenses publiques. Il y a plusieurs manières de financer une politique sociale (comme toute autre politique) :
- L’impôt, d’abord, qu’il soit sur les particuliers ou sur les entreprises touche toujours les contribuables ou les consommateurs, c’est-à-dire tout le monde. L’impôt sur le revenu les touche directement. La TVA participe à augmenter les prix et touche donc les consommateurs. Les impôts sur les sociétés sont soit répercutés sur les prix, soit sur le niveau d’embauche ou de salaire (une entreprise taxée paie moins bien ses salariés ou embauche moins qu’une autre entreprise, car elle aussi, doit gérer son budget).
- L’emprunt, ensuite, touche aussi de différentes manières les mêmes personnes. Lorsqu’il est contracté directement auprès d’investisseurs privés ou à travers des banques, il faudra le rembourser. C’est la manière la plus habile que nous ayons trouvé pour financer nos politiques : faire peser le poids de nos dépenses sur nos enfants ; il ne se plaindront pas… dans l’immédiat en tout cas. C’est d’autant plus immoral que nos enfants devront rembourser le coûts de nos politiques plus les intérêts de la dette, qui sont d’autant plus grands que notre situation est difficile. On peut en effet comprendre qu’un préteur réclame des garanties lorsqu’il délivre un prêt qui ne sera pas remboursé avec certitude. Ces garanties sont les intérêts de la dette et ceux-ci seront d’autant plus grands que nous aurons du mal à les rembourser. C’est l’effet boule de neige de la dette.
- Enfin, M. Mélenchon a trouvé une autre manière de payer nos dépenses. Il s’agit de considérer la dette que nous avons contractée comme des lignes comptables, des écritures qu’il suffirait d’effacer puisque, selon lui, il n’y a rien derrière, pas d’argent réel. De manière systématique, cela signifierait que l’on pourrait demander à la Banque Centrale Européenne de frapper et d’imprimer pour la France des pièces de monnaie et des billets tous neufs. De nous faire un prêt sans que nous n’ayons jamais à le rembourser. Cela paraît insensé mais pourtant un tel mécanisme a déjà été mis en place à de nombreuses reprises et peut être justifié. Mais encore une fois, il faut que quelqu’un paie. There is no free lunch : il n’y a pas de repas gratuit. Mais alors qui paie ? Ce qu’il se passe est qu’en créant de la monnaie nouvelle, les pièces et les billets que nous détenons valent moins cher. C’est comme si l’on trouvait de l’or partout : ça ne vaudrait plus rien étant donné que ce qui fait la valeur de l’or, c’est sa rareté. Comme la monnaie vaudrait moins, il en faudrait plus pour acheter une baguette, un steak ou une pizza, car ces choses ont, elles, la même valeur. C’est pourquoi on dit que la planche à billet (l’impression de monnaie nouvelle sans besoin de la rembourser) provoque une augmentation des prix, de l’inflation. Une fois encore, ce sont les consommateurs qui paient, donc.
M. Bayrou a compris tous ces mécanismes. C’est le plus économiste des candidats. Il sait que faire des promesses ne sert à rien car ce seront toujours les mêmes qui paieront, c’est un fait. Mais si nous ne faisons pas l’effort de payer aujourd’hui, nous devront payer encore plus demain au point de devoir sérieusement couper dans les dépenses sociales, les salaires, les retraites, les allocations chômage. Alors qui est le plus social ? Celui qui promet que nous n’auront rien à payer et qui provoquera une baisse des salaires demain ? Ou celui qui appel à l’effort aujourd’hui pour pouvoir vivre plus librement demain ?
Mélenchon ne sera pas président. Son but est d’influencer Hollande, par son score, pour qu’il gauchise son discours. Et c’est pour cela qu’il faut voter Bayrou, pour contraindre Hollande à choisir entre un recentrage et une gauchisation excessive et dangereuses pour les financies publiques, l’emploi et la croissance.
Enfin, il y a le vote Marine Le Pen, qui pourrait en attirer certains. Il faut dire que la candidate du FN dit tellement tout et son contraire qu’il doit bien y avoir quelque chose dans son discours qui peut toucher tout le monde. Il s’agit pourtant d’avoir la tête froide et d’y voir clair. Marine Le Pen reste la candidate du FN et s’inscrit donc politiquement dans lignée de Jean-Marie Le Pen. Ce n’est pas une histoire père-fille, c’est une histoire politique. Le FN est un parti nationaliste, une doctrine qui tient en ses piliers l’inégalité : selon Marine Le Pen, tout ce qui est français est forcément supérieur au reste, par définition. Il n’y a donc aucune humanité à avoir pour les immigrés, pour les peuples opprimés alors qu’ils cherchent la liberté (Libye, Syrie, Egytpe, …), pour les pays sous-développés qui crient famine. Le FN glorifie tout ce qui relève de la nation française et rejette tout ce qui n’en relève pas, il élève les frontières comme la plus haute protection contre les prétendus assauts de l’extérieur.
Il n’y aucune preuve permettant de dire que Marine Le Pen est raciste, comme on a pu l’entendre. Mais on sait que son père a été condamné pour injures antisémites et continue à utiliser, dans ses discours pour la campagne de sa fille, des citations d’auteurs collaborationnistes. Il a beau se défendre en expliquant qu’utiliser une citation ne signifie pas approbation de toute la pensée, je doute qu’il ait pu un jour citer Marx, parce qu’une de ses phrases lui plaisait, indépendamment de sa pensée. Il faut donc bien comprendre que voter Marine Le Pen, c’est voter pour ce qui est apparent et pour ce qui ne l’est pas : l’inégalité, l’absence d’humanisme et les relents racistes.
Sur le plan économique, l’isolement sur la Nation que propose le FN aussi contre-productif qu’il est injuste.
Parlons du protectionnisme. Qu’est-ce que c’est ? Il s’agit simplement de taxer tous les produits qui rentrent sur le territoire pour les rendre plus chers que les produits français. L’objectif affiché est de protéger la production française et ses emplois. On pense ainsi diminuer la production des autres pays, en tout cas en ce qui concerne la partie importée en France et donc en quelques sortes, exporter le chômage des Français, le transformer en chômage pour les autres pays. Peut-on imaginer, d’une part, que ces pays ne se laisseront pas faire ? Ils feront la même chose pour leur production, augmenterons les taxes de nos produits pour qu’ils soient plus chers dans leur pays. A force de vouloir exporter le chômage, on finit par se lancer entre pays une patate chaude qui nous brûle tous les doigts. Sans compter que plus aucun pays n’importerait la production des autres et donc que plus personne n’exporterait. Résultat : chômage des deux côtés des frontières et des prix qui ont augmenté de part et d’autre. Voilà comment atteindre le contraire de ce que l’on espérait.
Il y a un autre point dans le programme économique de Marine Le Pen sur lequel j’aimerai revenir. Le FN utilise souvent les critiques des citoyens «de base», «du peuple», comme on dit souvent, pour en faire une mesure. Ce qui est assez légitime. Prenons le pouvoir écrasant des supermarchés face à aux petits commerces. Marine Le Pen propose que, pour lutter contre cette inégalité de traitement, l’Etat interdise l’ouverture de nouveaux supermarchés. Voilà ce qu’en serait la conséquence : prenons une ville M (pour Marine) où cette mesure est installée, c’est-à-dire où un seul supermarché est ouvert et où l’ouverture de tout autre magasin est interdit et une ville L (pour libre) où d’autres supermarchés, disons 2 autres, sont ouverts. Dans la ville M, un producteur de lait souhaite vendre son lait pour 1€ le litre à la grande surface. Celle-ci n’est pas d’accord, elle ne l’achètera que pour 50 centimes. Le producteur est coincé, car s’il ne vend pas son lait, il ne peut pas vivre alors que d’autres producteurs sont prêts à le vendre, à ce prix là, à la grande surface. Il le vend donc à 50 centimes. S’il était dans la ville L, il aurait pu aller voir le deuxième, puis le troisième supermarché et aurait pu vendre son litre au plus offrant. Avec un peu de chance, il aurait même pu le vendre à plus de 1€. De la même manière, dans la ville M, Mme Toutlemonde achète son lait à l’unique supermarché. Tous les jours, elle se plaint d’un prix excessif et sait, parce que son voisin connaît un producteur de lait, que le supermarché fait une énorme marge sur le litre de lait. Mais elle ne peut rien faire. Si elle avait été dans la ville L, elle aurait eu le choix entre 3 magasins et aurait pu choisir le litre de lait le moins cher. Chaque supermarché essayant de réduire son prix pour attirer les consommateur, il aurait eu une marge de moins en moins forte. Mais voilà, Marine Le Pen ne l’a pas compris et encore une fois, fait l’inverse de ce qu’elle devrait faire.
François Bayrou, lui prend du recul sur les choses et consulte des spécialistes de l’économie comme Robert Rochefort (ancien président du CREDOC) et Jean Peyrelevade avant de faire des propositions. Elu, il laisserait le Parlement décider des modalités d’application d’une loi. Les excès et la précipitation en fonction de considérations démagogiques ne peuvent qu’aggraver une situation déjà difficile pour tous. C’est la raison pour laquelle, François Bayrou serait le plus à même de diriger la France. De toute manière, si l’on veut changer les choses, sortir de la prédominance de l’UMP et du PS, voter Marine Le Pen est une absurdité : si elle peut passer au deuxième tour, elle n’atteindra jamais les 50% nécessaires à la victoire. 2002 en est un exemple. Bayrou, lui, serait gagnant contre Sarkozy et contre Hollande s’il était au deuxième tour.
Le choix d’un président ne doit pas se faire sur une impression que l’on a du candidat. On ne s’empêche pas de voter pour une personne parce qu’elle n’articule ou ne prononce pas comme on l’aimerait. Je sais que beaucoup de personnes n’apprécient pas le charisme prétendument limité de François Bayrou ou sa soit-disante forte estime de soi. Mais être citoyen, c’est trancher sur des idées. Je demande à tous les électeurs d’aller outre leur a priori et de trancher sur le fond des programmes. L’avenir de la France en dépend.